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Publié le 12 mai 2013 | par Panta Rei

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Interview avec Emmanuel « Pythagore » Fernandez

Emmanuel « Pythagore » Fernandez est l’une des premières ceintures noires française de jiu-jitsu brésilien. Ce discipline de la légende vivante Ricardo De la Riva a bien voulu se soumettre au jeu de l’interview avec nous.

Panta Rei: Bonjour Emmanuel et merci de nous accorder de ton temps!

Tu es l’un (si ce n’est le) des premiers élèves français de Ricardo De La Riva, comment l’as-tu rencontré? Le suivais-tu déjà avant d’aller au Brésil ou es-tu arrivé à son académie par le fruit du hasard?

Emmanuel Fernandez : Oui je suis le 1er élève Français de De La Riva et la rencontre s’est faîte par hasard. En 1999 je suis parti au Brésil pour m’entraîner en jiu jitsu et mon idée était d’aller a la Gracie Barra, mais Carlos Gracie ne pouvait pas nous recevoir il y avait déjà pas mal d’étranger dans son académie, alors il  proposa d’aller chez De La Riva et je ne regrette rien, j’y ai rencontrer De La Riva qui est mon maître en jiu jitsu et un ami. Depuis 1999 je suis son représentant pour la France et il m’a remis mon second degré de ceinture noire.

Tu es l’un des pionniers du jiu-jitsu brésilien en France, depuis ses débuts où les pratiquants étaient principalement des judokas convertis à jours modernes où les pratiquants sont de plus en plus des jiu-jitsukas pure souche, vois-tu une évolution technique, physique ou philosophique de l’Arte Suave sur le territoire national?

Il y a de plus en plus de jiu jitsuka pure souche et le niveau monte considérablement. Le jiu jitsu est vivant, il y a toujours la base et également des effets de mode concernant la technique, en rapport avec les champions actuels, je m’explique : en ce moment il y a les frères Mendes qui travaillent beaucoup en garde 50/50, les Miyao qui travaille le berimbolo, Marcelo Garcia à demontré l’efficacité de la X-guard et les jeunes pratiquants et compétiteurs actuels s’identifient à eux et font évoluer le niveau Français, Européen et international, tout simplement font évoluer le niveau technique du JJB.

Le jiu jitsu évolue également sur le point physique, les combattants se préparent comme des professionnels et n’hésitent pas a se déplacer a l’étranger, dans différentes académies pour être au top le jour J.Sur le plan philosophique la vision du JJB est propre à chacun. Pour ma personne je vis jiu jitsu, le jiu jitsu m’aide à être moi même, me donne un équilibre et tout se lie : famille, amis, profession, façon de manger, le jiu jitsu est un art de vivre, pour moi c’est un art martial.

Comment situes-tu le niveau français en jiu-jitsu à l’international? Penses-tu qu’il est possible (avec les infrastructures dont nous disposons et la perception du sport amateur/professionnel en France) d’égaler les brésiliens et américains sur le terrain compétitif?

Égaler les Brésiliens et Américains sur l’ensemble sera dur voir impossible car la culture du  sport chez nous est différente, mais les Français peuvent devenir aussi bon et peut être même plus fort, mais ce sera une personne qui aura tout misé sur le JJB, poussé et encouragé par son entourage. Je pense que si un Français veut percer en JJB il va devoir prendre son baluchon et aller chercher des sparrings en quantité et de niveau. J’aurais rencontré le JJB plus tôt c’est ce que j’aurais fait, j aurais tout mis en œuvre pour réaliser mes rêves. Ce que j’essaye de faire au sein de mon académie pour mes élèves; avoir ma propre académie faisait parti de mes rêves :)

Que penses-tu des compétiteurs professionnels de jiu-jitsu? Des pratiquants qui s’entrainent 3 à 4 fois par jours pour se préparer aux compétitions IBJJF? Penses-tu voir ce type d’entrainement en France un jour?

Je trouve ça bien de vivre de sa passion et j’en fait parti puisque je vis du jiu jitsu. S’entraîner plusieurs fois par jour en vue des grosses compétitions IBJJF, déjà beaucoup de français le font. Si je prend le cas de mon académie, pour les championnats d’Europe nous nous entraînions tous les jours, technique, préparation physique avec notre préparateur attitré et sparring et actuellement j’ai deux élèves qui prépare le championnat du monde de Los Angeles et ils s’entraînent tous les jours, un d’eux vient de rentrer d’un stage combat a Londres chez Roger Gracie et l’autre par 15 jours terminer sa préparation a l’académie des frères Mendes. J’entraîne dur mes élèves mais je trouve bénéfique pour eux d’aller voir autre chose ailleurs et quand ils reviennent a l’académie Pythagore ils partagent avec les autres élèves leur expérience et le niveau monte, j’en suis très heureux.

Le jiu-jitsu brésilien est scindé entre différentes fédérations, la CFJJB, liée à l’IBJJF, la FFJDA qui a crée son « judo ne-waza » et la FILA avec son grappling gi/nogi. Que penses-tu de cet éparpillement des pratiquants?

Pour moi il y a l’IBJJF pour l’international et la CFJJB pour la France, tous les autres ne pensent qu’à une chose, prendre des licences (FILA) ou ne pas en perdre (FFJDA) seule la CFJJB regroupe des passionnés et c’est la seule à développer réellement le jiu jitsu brésilien et c’est la seule à avoir le soutien de Carlos Gracie.

Parlons de formations, à l’heure actuelle, le jiu-jitsu brésilien n’est pas une discipline disposant d’une réelle fédération délégataire majeure, il n’y pas de réel cursus de formation de professeur, d’école des cadres. La solution la plus pertinente est de choisir entre le DIF (diplôme d’Instructeur Fédéral, enseignement bénévole) de la CFJJB ou le brevet d’état de judo. Peux-tu nous parler de ce qui est mis en place actuellement ou sera bientôt mis en place?

Nous avons du retard concernant la formation des instructeurs, mais nous y travaillons pour mettre en place un diplôme d’instructeur de qualité. Nous avançons petit à petit mais sûrement : les compétitions CFJJB se structurent (plus de 1000 compétiteurs au championnat de France cette année), nous avons intégré la FFST, la formation d’arbitres a bien avancé et de plus en plus de club nous rejoignent. Maintenant il faut que l’on avance dans le domaine de la formation et des enfants.

En relation avec la question précédente, il semblerait que la fédération de judo n’ait pas d’intérêt dans le développement du jiu-jitsu brésilien en France, en témoignent leur « récupération » du JJB par leurs coupes ne-waza mais également, et c’est beaucoup plus inquiétant, par la nécessité d’obtenir un brevet d’état de Judo pour enseigner le jiu-jitsu brésilien. Ceci a deux aspects très négatifs à notre sens: Il est nécessaire d’être bon judoka (au moins ceinture noire donc) pour espérer enseigner le jiu-jitsu de manière rémunérée mais autorise également les professeurs de judo à s’auto-qualifier professeurs de jiu-jitsu brésilien (ou de « judo ne-waza dit jiu-jitsu brésilien), il s’agit tout de même de deux discipline différentes, bien que de source commune. Peux-tu nous en dire plus sur ton sentiment sur le sujet, étant toi même issu du judo il me semble?

Oui, la FFJDA peut poser problème avec leur Ne Waza. Ce qui se passe en ce moment, c’est que les responsables du ne waza (FFJDA) vont dans les clubs de JJB pour apprendre et reviennent au ne waza pour enrichir leur bagage technique. Mais dans l’ensemble une ceinture noire de judo a un bagage limité au sol et les futurs adeptes ou pratiquants à la recherche du véritable JJB vont vite s’en rendre compte et finiront par ouvrir les portes de la CFJJB.

Parlons maintenant un peu plus de ta propre carrière.

En dehors du jiu-jitsu brésilien tu as mené une carrière de combattant professionnel de MMA. Comment considères-tu le niveau du jiu-jitsu brésilien en MMA de nos jours aux plus hautes instances du sport (notamment à l’UFC)?

Oui j’ai mené une carrière en MMA où j’ai obtenu la ceinture mondiale du cage warriors et celle du FX3. Le niveau du JJB en MMA est bon, tous ou presque tous pratiquent le JJB, les champions de l’UFC sont quasiment tous ceinture noire de JJB. On voit peut être moins de soumission et d’une parce que les combattants défendent bien et c’est moins facile de soumettre en MMA que en NoGi ou JJB et de deux parce que le spectacle est important en MMA maintenant et le public aime quand il y a de la percussion.

Nous avons eu l’occasion d’interviewer de grands noms du jiu-jitsu modernes tels que Caio Terra et Braulio Estima, et ceux-ci nous ont dit que les règles unifiées du MMA modernes n’allaient pas dans le sens du jiu-jitsu. Qu’il était difficile de gagner au plus haut niveau en ne se basant que sur le jiu-jitsu. Les rounds trop courts et les relevés de l’arbitre étant de forts freins au développement d’un vrai travail méthodique au sol. Quel est ton avis sur le sujet?

J’ai le même avis que Caio Terra et Braulio Estima et, bien avant nous, la famille Gracie l’avait déjà dit: mettre un temps limite et des round ne favoriserait pas le JJB.

Penses-tu que le jiu-jitsu sportif moderne s’éloigne d’une applicabilité directe en MMA comment semblent le déplorer de nombreux pratiquants de la vieille école?

Je suis de la veille école JJB et je m’adapte à l’évolution du JJB moderne. Oui, le jiu jitsu moderne s’éloigne d’une applicabilité direct en MMA.

Ces dernières années, le jiu-jitsu moderne sportif a été beaucoup critiqué par certains « héritiers » de la famille Gracie (principalement du côté Hélio de la famille). Ceux-ci préfèrent mettre en avant deux aspects de la mentalité « keep it playful » de l’entrainement et d’un axe self-défense fondamental à leur pratique. Comment considères-tu l’aspect self-défense du jiu-jitsu brésilien? Y crois-tu ou es-tu plus intéressé par le développement et la pratique des méthodes modernes de close-combat civil comme le Krav Maga?

Je suis pour enseigner le jiu jitsu brésilien originel, c’est-à-dire une application en self défense, mais j’aime pouvoir m’amuser et m’exprimer par le biais du jiu jitsu moderne; c’est pour ça qu’à l’académie Pythagore on retrouve des cours de jiu jitsu brésilien self défense et des cours de JJB moderne. Pour ma part, je trouve que le JJB dans sa version self défense est beaucoup mieux que le kravmaga. Je le trouve plus accessible et apprend vraiment à maitriser son corps et son esprit.

Le jiu-jitsu brésilien est l’un des rares arts martiaux à mettre une grosse emphase sur l’e-learning via des sites comme « Mendes Bros Online », « Marcelo Garcia in Action »  ou « Gracie University » pour les plus connus. Que penses-tu de cet outil pédagogique?

C’est tres bien mais ça ne remplacera jamais un professeur en chair et en os. De plus il n’y a pas de partage et de rapport humain, mais je ne suis pas contre, c’est un outil à utiliser.

Penses-tu que la multitude d’information disponible puisse permettre au jiu-jitsu de rester un art en développement constant sous toute ses facettes (sportif, self-défense, vale tudo)?

Le jiu jitsu est vivant, il se développera toujours

A l’époque de tes débuts, le jiu-jitsu brésilien n’était pas un art aussi « communicatif » qu’aujourd’hui. Les « secrets d’écoles » y étaient légions et les élèves exilés (volontairement ou non) étaient souvent considérés comme des traîtres, des « Creonte » pour reprendre le terme de Carlson Gracie Sr. Penses-tu que l’aspect politique du jiu-jitsu brésilien est une réalité en France?

Non les mentalité ont évoluées et la population JJB en France s’entend bien dans l’ensemble, chacun est le bienvenu chez l’autre.

Merci Emmanuel, c’était la dernière question que nous avions à te poser! Nous te remercions de ta collaboration et  te laissons ces dernières lignes pour tout message que tu souhaiterai envoyer aux pratiquants français de l’Arte Suave!

Merci beaucoup pour cette interview.

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