Interviews clarkoplata

Publié le 11 juin 2013 | par Panta Rei

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Interview exclusive avec Clark Gracie

Panta Rei : Tu es un Gracie et tu as grandi avec le jiu-jitsu, penses-tu qu’être compétiteur était une « obligation »?

Clark Gracie : Tout d’abord, merci pour cette interview. Je n’ai jamais eu l’obligation de devenir compétiteur, j’ai de nombreux cousins qui font du jiu-jitsu et sont d’excellents professeurs, mais ont choisi de ne pas faire de compétitions. Je combats car j’aime ça, j’aime la préparation à la compétition et entrer sur le champs de bataille. Bien que le choix d’être compétiteur dans ma famille peut me mettre de la pression sur les épaules, je ressentirais un sentiment de culpabilité si je n’avais pas fait ce choix. Je pense que le fait d’aimer ce que je fais rend cela plus facile et puis n’est-ce pas la meilleur famille dans laquelle on peut naître pour pratiquer ce sport?

PR : Qu’aurais-tu fait si tu n’avais pas choisi de te consacrer au jiu-jitsu?

CG : Je ne sais pas, j’ai beaucoup de passions et il n’y a pas que le jiu-jitsu dans ma vie, mais je pense que si je n’avais pas choisi le jiu-jitsu, j’aurais été une personne différente, peut-être avec des valeurs, une santé et une vision des choses différentes. Je pense que le jiu-jitsu peux te changer, faire de toi une personne différente et avoir un impact positif sur ta vie, si tu te consacres sérieusement à cet art et son lifestyle.

PR : Il y a un peu de controverse à propos de l’histoire du Gracie Jiu-Jitsu. La branche d’Helio essayant de faire d’Helio le seul créateur de cet art, mais la branche de Carlos n’adhère pas à cette version et rappelle souvent l’importance de Carlos Gracie. Que penses-tu de cela? Est-ce que Helio a crée le jiu-jitsu à partir du judo de Maeda ou cela est-il un développement familial?

CG : C’est un sujet que j’évite en général de trop parler. Quand on aborde le jiu-jitsu et ma famille, c’est comme parler politique ou religion, cela fini souvent par des désaccords, mais comme beaucoup de personnes vont donner les mêmes réponses que moi, je vais saisir cette opportunité pour montrer mon désaccord. Comme vous le savez, le jiu-jitsu n’a cessé de se développer, ce qui fait qu’il est si intéressant et passionnant. Maeda de ce que j’ai compris était un professeur dans une école de judo à Belem do Para, ou il s’est lié d’amitié avec Gastão Gracie mon arrière grand père, mais il connaissait aussi le jiu-jitsu traditionnel japonais.  C’est cet art qu’il a enseigné au plus âgé des fils de Gastão : Carlos. Carlos étant le plus âgé des frères a enseigné le jiu-jitsu à sa famille et a commencé à le modifier, comme nous le faisons tous aujourd’hui avec le jiu-jitsu que l’on apprend.  Il n’avait pas un grand gabarit, donc il a fait des modifications pour l’adapter à son corps, utilisant les leviers au lieu de la force et en personnalisant des mouvements. La famille a ensuite déménagé à Rio de Janeiro et a ouvert la première école de Jiu Jitsu du Brésil.  Helio avait 10 ans de moins que Carlos et commença aussi à s’entraîner et avait comme nous tous son propre style. Helio a commencé à combattre et obtenu de bons résultats et avec son frère commença à développer une bonne réputation pour le Jiu-Jitsu au Brésil. Il était à un moment donné le représentant du Gracie Jiu-Jitsu dans la famille, puis il fut suivi par Carlson, qui était le plus âgé des fils de Carlos Gracie, puis sont venus Rolls, Rickson, …Ces combattants ont fait les sacrifices pour nous tous qui aujourd’hui pratiquons ce qu’ils ont prouvé au Brésil à l’époque. Maintenant qui l’a créé? Est-ce que c’était Helio, Maeda, Carlos, Rolls, Rickson? En fait, ils l’ont tous crée, ce sont des pionniers de notre art, ils ont tous apporté leur pierre à l’édifice, comme le font les champions d’aujourd’hui. Mais qui a commencé cette évolution du Jiu-Jitsu traditionnel japonais? A quel moment cela a commencé à évoluer en un art différent? C’était Carlos. Il a été celui qui l’appris en premier et a commencé à modifier l’art traditionnel japonais. Ce que je trouve aussi intéressant est que ce n’est pas avant 1994, quand Carlos est décédé que Helio et ses fils ont commencé à proclamer que Helio était le seul fondateur de cet art, en oubliant Carlos Sr. C’est juste mon opinion sur la question. Je suis la troisième génération de Gracie pratiquant le Jiu-Jitsu et il y a des personnes plus proche de la source qui ont plus de connaissances que moi sur le sujet. Ce que je peux dire c’est que toutes les académies sur la planète qui proposent des cours de Gracie Jiu-Jitsu ou de Jiu-Jitsu brésilien devraient avoir des grandes photos de Carlos Gracie et Helio Gracie, et même pourquoi pas Carlson Sr et Royce.

PR : Reyla Gracie a écrit un livre à propos de Carlos Gracie Sr qui a crée une controverse, as-tu eu l’occasion de le lire? Que penses tu du livre?

CG : je n’ai malheureusement pas lu entièrement le livre, donc je ne peux pas donné un avis dessus, mais ce que je peux dire  c’est que : les journalistes auront toujours des ennemies et des personnes qui ne seront pas d’accords avec eux. Certaines personnes seront frustrées quand certaines choses sont publiées et qu’ils sont en désaccord ou embarrassés que cela soit rendu publique. Au final, c’est la famille qui sera le plus pénalisée, mais le publique sera content de le lire, donc je pense que ce soit une bonne chose que ce livre soit publié. Les gens pourront connaître des histoires de cette homme très intéressant qu’était Carlos Gracie.

PR : Que penses-tu des lignés autres que celle des Gracie, comme la branche des Fadda (très bien représenté en compétition avec notamment Rodolfo Vieira et la GFTeam)?

CG : Je trouve cela très intéressant, mais tout est originaire de Maeda et Jigoro Kano, donc c’est très semblable. Aussi en pensant aux arts martiaux au Brésil, je pense qu’il y avait des liens très importants entre les différents arts, je suis sûr que de nombreuses techniques ont été échangées. Avec le Gracie Jiu Jitsu qui est un des art les plus pratiqués, je pense que cela a déteint sur les autres arts comme les Fadda et la luta livre au Brésil et cela continu aujourd’hui avec le MMA.

PR : Dans une interview tu as mentionné le fait d’avoir commencé la compétition seulement à partir de la ceinture violette. Peux-tu nous expliquer pourquoi? Que penses tu du Jiu Jitsu de compétition?

CG : J’avais beaucoup de pression pour être un champion comme mon père, il a été invaincu et suivre ses pas n’est pas une chose facile, voir même impossible aujourd’hui. Donc, j’ai combattu quand je me suis senti prêt et lorsque je ne me sentais pas bien, je n’aimais pas combattre. Aujourd’hui, je ne me soucie plus trop de la victoire, j’aime juste me battre. Mais pour répondre à la question, je n’ai jamais été un de ces enfants de 10 ans, 5 fois champion national, comme on peut le voir ces jours ci, car les compétitions de jiu-jitsu ont commencé à apparaître aux US lorsque j’avais environs 13 ans. Ce n’était pas de grands évènements à l’époque et il n’y en avait pas beaucoup. Maintenant que j’ai une bonne expérience de la compétition, je peux dire que c’est un sport très sain et que cela peut être une bonne chose pour ceux qui pratiquent s’ils s’entraînent pour cela et se sentent prêt. C’est bien de sortir de sa zone de confort. Combien d’entre nous auront l’occasion dans notre quotidien d’être dans une situation où quelqu’un essaye de nous tuer? Nous regardons tellement de films de guerre comme Gladiator et Braveheart, alors que cela n’existe pas dans la réalité à moins de rejoindre l’armé et de partir à la guerre. C’est donc un moyen plus sûr de se confronter à un adversaire et de se mettre dans une situation de combat et ce qui est génial c’est qu’à la fin du combat, si tu es quelqu’un de mature, tu peux garder le sourire et même devenir ami avec tes adversaires.

PR : La branche de Rorion Gracie accorde beaucoup d’importance à la pratique de la self défense, quel est ton avis sur la self defense du Jiu-Jitsu?

CG : Ma branche accorde aussi beaucoup d’importance à la self defense. En fait, tous les membres de la famille Gracie le sont et la plupart des professeurs de l’ancienne génération connaissent la partie self-défense du jiu-jitsu Mon père enseigne la self défense régulièrement. Je pense que les pratiquants ont plus de plaisir avec le côté sportif de l’art, mais qu’il est très important de ne pas oublier que c’est un art de combat et non pas un art pour faire de belles choses. Les mouvements doivent être évalués par leur efficacité dans une situation réelle et non par la beauté de la technique. Cela m’inquiète qu’un jour le jiu-jitsu puisse être vu comme un art qui n’est pas efficace en MMA ou  dans la rue. Je pense que l’on doit tous connaître la partie self-défense  car cela serait embarrassant pour nous tous, si un pratiquant de jiu-jitsu novice se fait battre dans la rue. Peut être qu’il a fait un mouvement qui marche dans son académie, mais pas dans la rue. Je suis fière de m’investir dans un art qui me procure un sentiment de sécurité quotidien et non pas d’exceller dans un sport qui n’est utile que le temps d’une compétition. Je ne sais pas quelle personne je serais sans ce sentiment de sécurité.

PR : Ces mêmes personne prônent un entraînement « keepitplayful » (entraînement orienté vers la défense, en laissant par exemple son adversaire obtenir une position dominante). Comment t’entraînes-tu? Est-ce que tu pratiques souvent de cette manière ou essayes-tu de respecter davantage la hiérarchie des positions lors d’un combat?

CG : On ma conseillé de m’entraîner de la même façon que je combats en compétition, donc la plupart du temps je m’entraîne dur et j’essaye de ne pas laisser de bonnes positions ou soumissions à mes adversaires. Mais je comprends la philosophie  « keep it playful ». Parfois, je combats de manière « keepitplayful » et cela devient vraiment un jeu, mais je pense que cela est possible quand tu commences à évoluer dans ton jiu-jitsu. De plus, il est important de s’entraîner à sortir de mauvaises positions et de défendre. Par exemple, certaines personnes ont tellement de bonnes gardes qu’ils sont perdus le jour où ils se la font passer et ne savent pas défendre et sortir d’une soumission. De plus, si tu t’entraînes toujours avec beaucoup de force, tu rencontreras forcement un jour quelqu’un de plus puissant que toi et si tu n’est pas habitué à utiliser ta technique pour contrer sa force, il y a de fortes chances que tu te retrouves dans une mauvaise position. Le jiu-jitsu comme dans la vie de tous les jours est une question d’équilibre, je pense qu’il est important de s’entraîner de manières différentes.

PR : L’histoire de la famille Gracie est très liée à celle du MMA. Que penses-tu du MMA aujourd’hui et du niveau du jiu-jitsu des combattants de MMA actuel?

CG : La plupart des combattants ces jours ci connaissent un peu chaque discipline, mais n’excellent pas vraiment dans une en particulier, bien que ce ne soit pas le cas de tous les combattants, car il y a quelques athlètes très talentueux. Il y a pas beaucoup de ceintures noires de haut niveau en MMA, en tant que combattant de jiu-jitsu, je vois beaucoup d’opportunités pour soumettre dans la plupart des combats où la soumission n’est pas aboutie. C’est pour cela que je pense que les combattants de  MMA ont des lacunes dans leur jiu-jitsu.

PR : Prévois-tu de te lancer dans le MMA?

CG : J’ai souvent pensé que je me lancerais un jour, mais maintenant je suis tellement focalisé sur le jiu-jitsu et j’aime tellement ça, donc on verra, mais je suis fière de me dédier à l’art de ma famille.

PR : Tu as gagné le dernier Pan Championship Open et ta finale contre Marcelo Mafra était un très beau combat. Comment as-tu réussi à garder ton calme et chercher la soumission jusqu’au dernier moment?

CG : Marcelo essayait de stopper mon jeu tout au long du combat et semblait vouloir gagner aux points. Quand les cinq premières minutes sont passées et que les gars de Check Mat ont commencé à chanter « Lapela », cela m’a motivé pour intensifier le rythme et chercher la victoire. Je pense que Lapela est un des meilleurs combattants de la division, mais j’ai senti que je pouvais le battre, donc j’ai persisté et après quelques mouvements, je me suis retrouvé dans une très bonne position.

PR : Tu as un jiu-jitsu assez moderne  avec une très bonne garde ouverte. Que penses-tu de l’évolution du jeu basé principalement sur la garde fermée en un style de garde ouverte?

CG : J’aime les deux, le jiu-jitsu moderne est nouveau et fun, mais j’aime encore soumettre mes adversaires avec des mouvements simples comme le cross choke.

PR : Tu sembles beaucoup aimer l’omoplata, mais tu les finis souvent avec un étranglement en partant sur un crucifix au lieu de partir sur la traditionnelle clé d’épaule. Où as-tu appris cette variante?

CG : je l’ai développée moi même après de nombreuses tentatives d’omoplata.

PR : La plupart du temps, l’omoplata est plus un renversement qu’une soumission, penses-tu que les compétiteurs devraient essayer de ne pas laisser l’adversaire rouler et tenter de finir plus souvent?

CG : Oui, je pense que beaucoup de gens abandonnent la soumission pour obtenir les points de renversement et je fais cela très rarement. Je pense que les gens sous-estiment l’omoplata.

PR : Tes omoplatas t’ont donné une grande popularité au sein de la communauté du jiu-jitsu depuis le Pan Open, comme tu peux le voir, c’est même utilisé comme un internet mem, que penses-tu de cela?

(exemples:http://www.cagepotato.com/mma-meme-of-the-day-clark-gracie-ridiculously-photogenic-jiu-jitsu-guy/)

Je penses qu’il est temps de donner un nom à ton étranglement en omoplata, comment l’appellerais-tu? « playboy choke », « the california choke »? » (rire)

CG : hahaha certaines personnes l’appellent la clark o’plata ou utilisent le verbe « clarker » haha

clarkmem

PR : Merci pour ton temps, si tu veux laisser un message à tes sponsors ou tes fans français, ces dernières lignes sont pour toi!

CG : Je viens souvent en France et j’ai une école au Havre et à Miramas près de Marseille. J’aime visiter le pays chaque année et m’entraîner là-bas. Je voudrais remercier mes professeur Carley Gracie, Rodrigo Medeiros et mon préparateur physique Maurizio Tangari. Je voudrais aussi remercier mon équipe qui m’a aidé tout au long de mes évènements ces dernières années. Mes sponsors m’ont aussi beaucoup aidé : shoyoroll, Clinch Gear, Açai Roots, Supertubos. Enfin, je voudrai remercier tous mes fans et les messages positifs que j’ai reçus.

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